La réhabilitation à Bormes-les-Mimosas (83)
Bormes-les-Mimosas – Réhabilitation de logements en centre ancien pour les saisonniers
Monsieur le Maire de Bormes-les-Mimosas, François ARIZZI et Didier RAFFO, Directeur Territorial, reviennent sur la genèse du projet, ses enjeux territoriaux et les leviers de réussite autour de cette opération de réhabilitation portée en partenariat avec la Ville de Bormes-les-Mimosas.
En bref
Sur la commune balnéaire de Bormes-les-Mimosas, Action Logement accompagne un projet de réhabilitation de trois immeubles communaux vacants dans le centre ancien et en zone pavillonnaire.
L’objectif : transformer ces bâtiments en logements meublés à loyer abordable, dédiés aux travailleurs saisonniers et actifs en mobilité. Cette initiative vise à répondre à la pénurie de logements accessibles, tout en redynamisant le cœur de ville.
Focus
- Principaux partenaires du projet : Maison Départementale de l’Habitat du Var (MDH83), Soliha Var, Département, Région Sud, Intercommunalité
- Nombre de logements + emplacement : 23 logements répartis sur 3 sites : 12 dans l’ancienne gendarmerie, 5 dans la maison Pouverin (ancien hôpital), 6 dans la maison "Clos Charlot"
- Typologie de logements : Studios et T2 meublés, à usage temporaire, avec possibilité de colocation Livraison prévisionnelle 1ère phase : saison 2025
Cette initiative permet de répondre en partie à la demande des professionnels, mais surtout, elle envoie un signal de soutien à nos entreprises, mais aussi un signal d’équilibre entre l’offre touristique et l’offre professionnel.
Interview François ARIZZI, Maire de Bormes-les-Mimosas
Pouvez-vous nous parler de ce projet ?
A l’origine, la Commune disposait d’un foncier ancien dont elle voulait se séparer. Ces 3 locaux, partiellement occupés, dont deux se situent dans le cœur du village médiéval, et dans un mauvais état, pouvaient représenter une opportunité financière pour la commune. Avant de nous en séparer, mes services se sont rapprochés de SOLIHA afin de réaliser une étude d’opportunité pour transformer ces logements en logements pour saisonniers. En effet, nous connaissions ce besoin évoqué lors de nos échanges avec de nombreux employeurs qui attiraient notre attention sur les difficultés de recrutements liées à la difficulté d’héberger le personnel saisonnier. Si certains employeurs ont pris les devants, d’autres, plus modestes n’ont pas forcément les moyens ou la trésorerie. Cette étude nous a révélé et formalisé l’existence d’un problème structurel pour le logement des saisonniers, lié en particulier à l’explosion des locations saisonnières touristiques. Je précise que la commune, en qualité d’employeurs saisonniers connait les mêmes problèmes que les autres employeurs. Je pense notamment aux emplois dans nos accueils de loisirs ou pour la surveillance de nos plages par exemple. Par ailleurs, l’estimation des travaux ainsi que les subventions potentielles nous permettaient d’entrevoir une opération financière neutre ou acceptable pour la commune. Nous avons obtenu des financements importants. Ainsi, pour une opération d’investissement estimée à 1 200 000 € HT, nous avons obtenu 718 350 € de financement (Région, Département, Etat, Action logement). Ainsi, le Conseil Municipal a validé ce projet visant à rénover ces 3 immeubles pour les transformer en 22 logements pour saisonniers. Une première opération a été lancée en 2024 et livrée en 2025, nous permettant de proposer 11 logements. La deuxième tranche devrait être lancée courant 2026, une fois que l’ensemble des locataires actuels auront pu être relogés.
Qu’est-ce que cette opération apporte à la ville ?
A ce stade, nous pouvons d’ores et déjà proposer 11 appartements aux salariés saisonniers des entreprises de notre commune. C’est incontestablement un plus pour ses employeurs, leurs salariés, mais aussi la commune et son attractivité. En effet, une commune touristique comme la notre ne peut que se réjouir de pouvoir offrir le maximum de services à nos visiteurs, notamment pendant la très haute saison. En effet, comment expliquer à des touristes venus de toute l’Europe que les restaurants sont fermés certains jours en très haute saison ? Cette initiative permet de répondre en partie à la demande des professionnels, mais surtout, elle envoie un signal de soutien à nos entreprises, mais aussi un signal d’équilibre entre l’offre touristique et l’offre professionnel. Un territoire qui vit bien doit pouvoir accueillir dignement les personnes qui le font vivre, même de manière saisonnière. Il n’est pas envisageable de transformer la totalité du parc de logement en location saisonnière touristique. Et ce n’est pas souhaitable. Nos locaux, nos actifs doivent pouvoir se loger et vivre dignement et contribuer au dynamisme de notre bassin de vie.
En quoi l’intervention d’Action Logement a-t-elle été déterminante dans la réalisation de ce projet ?
La validation de ce projet en qualité de projet expérimental innovant par le comité innovation nationale d’AL en mars 2024 nous a renforcé dans notre choix et notre volonté d’être entreprenant dans ce secteur. La subvention allouée pour les travaux et la gestion, nous a également stimulés à nous préoccuper dès la phase projet du mode de gestion. Ainsi, ce premier financement, nous a permis d’affiner notre dossier et d’être pertinent auprès des autres financeurs. Ainsi, notre plan de financement a pu être bouclé, et nous permet d’offrir des loyers charges comprises inférieurs de plus de 30 % au prix du marché. Cela a permis de renforcer notre partenariat avec SOLIHA, en particulier dans l’accompagnement du processus.
Comment ce projet a-t-il permis de répondre aux besoins en logement des saisonniers identifiés sur votre territoire ?
Ce projet, même une fois terminé ne répondra pas à l’ensemble de la demande locale. Mais, comme je vous le disais précédemment, il envoie un signal. Cependant, j’encourage toutes les entreprises de taille suffisante à porter des projets similaires. Il n’existe pas un seul modèle, mais les solutions sont multiples. Je pense notamment à un projet touristique qui devrait éclore dans quelques années dans le quartier de la Favière. Nous avons, dès l’établissement de notre document d’urbanisme prévu que ce projet s’accompagnerait de plusieurs dizaines de logements pour saisonniers. Ce projet devrait être porté uniquement par des gestionnaires privés et un bailleur social sans intervention directe de la commune.
Quelles synergies ou collaborations vous semblent essentielles pour développer ce type d’initiative en faveur des travailleurs saisonniers ?
Il est très important de travailler en confiance avec les partenaires d’un territoire. En l’occurrence, ce travail est parfaitement réalisé, avec Action logement, mais aussi et surtout grâce à l’accompagnement de SOLIHA et l’AIVS. En l’occurrence, nous réalisons un travail de dentelle en restant à l’écoute des salariés et employeurs, mais aussi en prévoyant dès le début un travail d’accompagnement social adapté à notre public afin de ne pas laisser des situations s’enliser. Au demeurant, je note qu’il n’existe pas de bail spécifique pour les saisonniers, ce qui nous a obligé à inventer un contrat spécifique et adapté. Cependant, ce système peut fonctionner sur des petits projets, mais demandera à être adapté pour s’étendre à plus grande échelle. Ainsi, il est regrettable que notre projet ne puisse pas bénéficier des financements prévus pour les logements sociaux. J’espère que nous permettrons, avec d’autres, d’ouvrir une voie, d’inspirer d’autres collectivités, mais aussi, de faire évoluer un contexte réglementaire pas nécessairement favorable.
Interview Didier RAFFO (Action Logement Services)
L’implication des partenaires assure un pilotage solide, à la fois social, technique et territorial.
Comment est né le projet ?
Comme de nombreuses communes touristiques du littoral varois, Bormes-les-Mimosas connaît une forte tension sur le logement, en particulier pour les travailleurs saisonniers. La Ville a décidé de mobiliser trois immeubles vacants de son patrimoine pour répondre à ce besoin. Ces bâtiments font désormais l’objet d’un programme de réhabilitation, dans une logique d’innovation territoriale et de redynamisation du centre ancien.
Quelle est la réponse apportée ?
Le projet consiste à créer une vingtaine de logements meublés à loyer modéré, spécifiquement destinés aux saisonniers, jeunes actifs ou travailleurs en mission temporaire. Ces logements, adaptés à des contrats courts et à des revenus modestes, permettront aux entreprises locales de mieux loger leurs salariés. Un comité partenarial de sélection, animé par la MDH du Var, sera mis en place pour garantir une attribution transparente et équitable des logements. Le dispositif prévoit également un accompagnement social et une gestion locative adaptée.
Quels sont les axes de travail engagés ?
Le projet repose sur plusieurs piliers :
- Une réhabilitation du patrimoine communal dans le centre ancien
- Une production de logements meublés temporaires dans un secteur diffus
- Une mise en œuvre d’un système d’attribution souple, en lien avec les employeurs
- Un appui de la Maison Départementale de l’Habitat pour le suivi des locataires et la coordination des acteurs
Quels sont les facteurs de réussite du projet ?
La réussite repose d’abord sur l’engagement politique fort de la commune, qui a fait le choix d’orienter son patrimoine vers le logement des actifs. Le projet tire aussi sa force de son caractère reproductible : il pourrait servir de modèle pour d’autres communes du littoral confrontées aux mêmes enjeux. L’implication des partenaires assure un pilotage solide, à la fois social, technique et territorial. Enfin, le fait de proposer des logements accessibles au tiers inférieur du marché local en fait une solution concrète et durable.
Quels sont les points d’attention ?
Le succès du projet repose sur un travail minutieux d’identification, de montage et de coordination. Il s’agit d’un projet diffus, sur plusieurs sites, avec des profils d’occupants variés. Il faut donc mobiliser les bons opérateurs, organiser un système de gestion agile, et maintenir une vigilance forte sur la pérennité des usages. Convaincre des partenaires d’investir sur du logement saisonnier temporaire, dans un cadre juridique et économique spécifique, demande aussi du temps et de la pédagogie.