Le projet en détail

La cohabitation en Pays basque à Bayonne (64)

Cohabitation intergénérationnelle pour les saisonniers à Bayonne

Andréa KERYHUEL Chargée de mission co-hébergement de l'OFFICE 64 et Aurélie Bernos, Directrice Territoriale, reviennent sur la genèse du projet, ses facteurs de réussite et les points d’attention dans le déploiement de cette solution solidaire.

Nouvelle Aquitaine

En bref

Conçu à l'origine par l'office 64, en lien avec le CROUS, l'offre de louer une chambre à faible coûts chez des seniors du parc HLM disposant d’une pièce libre, a été ouverte dans un premier temps à des publics étudiants puis étendue à d'autres publics de moins de trente ans (stagiaires, salariés ou saisonniers).

Nouvelle-Aquitaine

En chiffres

  • Principaux partenaires du projet : OFFICE64 de l’Habitat, CROUS Bordeaux-Aquitaine,Cohabilis, Communauté d’agglomération Pays basque, Action Logement Services
  • Nombre de logements + Nombre de places : Dispositif souple – environ 20 binômes constitués 
  • Typologie de logements : Chambres meublées chez des locataires du parc social de plus de 60 ans
  • Livraison prévisionnelle : Déploiement progressif – extension continue

 

Interview de Andréa KERYHUEL Chargée de mission co-hébergement OFFICE 64

Andréa

L’appui d’Action Logement a été décisif pour accélérer le déploiement de notre dispositif de co-hébergement auxjeunes actifs de moins de 30 ans, en particulier aux salariés saisonniers, particulièrement touchés par les difficultés d’accès au logement sur le territoire basque.

 

Comment avez-vous connu Action Logement ?

Action Logement est un partenaire de longue date de l’OFFICE64 de l’Habitat. Nous collaborons notamment sur le financement de nos opérations de construction ou encore sur la mise à disposition de logements réservés, facilitant ainsi l’accès au logement pour les salariés.

C’est donc tout naturellement que nous avons sollicité Action Logement dans le cadre de l’élargissement de notre dispositif de co-hébergement aux jeunes actifs de moins de 30 ans. Ce partenariat s’est imposé comme une évidence, tant en raison de son expertise sur les besoins de ce public que des valeurs que nous partageons : solidarité, accès au logement pour tous, accompagnement des parcours de vie, innovation sociale, ancrage territorial…

En quoi l’intervention d’Action Logement a-t-elle été un soutien dans la réalisation de ce projet ?

L’appui d’Action Logement a été décisif pour accélérer le déploiement de notre dispositif de co-hébergement aux jeunes actifs de moins de 30 ans, en particulier aux salariés saisonniers, particulièrement touchés par les difficultés d’accès au logement sur le territoirebasque.

Action Logement a joué un double rôle :

Sur le plan financier, en soutenant le développement d’actions visant à renforcer la communauté de locataires accueillants, ouvrant ainsi davantage d’opportunités d’hébergement pour les jeunes salariés.

Sur le plan opérationnel, grâce à ses liens étroits avec les entreprises et à sa plateforme de logement temporaire, qui ont facilité la mise en relation et la visibilité du dispositif auprès du public ciblé. 

Comment ce projet a-t-il permis de répondre aux besoins en logement identifiés sur votre territoire /dans votre secteur d’activité ?

Le co-hébergement constitue une réponse concrète aux besoins spécifiques des travailleurs, en particulier les saisonniers, en proposant des logements temporaires, proches des lieux d’emploi, et adaptés à des séjours de courte durée. Ce dispositif contribue également à lutter contre la sous-occupation au sein de notre parc social, un enjeu majeur dans un contexte immobilier et locatif particulièrement tendu.

Au-delà de l’aspect purement résidentiel, le co-hébergement favorise les échanges intergénérationnels en facilitant la rencontre entre jeunes accueillis et locataires accueillants.

Il offre une solution économique permettant aux jeunes de se loger à moindre coût, tout en générant un complément de revenus pour ceux qui ouvrent leur logement.

C’est aussi un levier de lutte contre l’isolement, qu’il touche nos locataires seniors ou les jeunes souvent peu visibles dans les politiques publiques. Enfin, il s’inscrit pleinement dans une démarche écoresponsable, en optimisant l’usage du bâti existant et en favorisant la mutualisation des ressources, notamment énergétiques.

Le co-hébergement répond donc non seulement à un besoin de logement, mais aussi à des enjeux sociaux et environnementaux plus larges.

Quelles synergies ou collaborations (avec bailleurs, collectivités, employeurs...) vous semblent essentielles pour développer ce type d’initiative ?

Le développement du co-hébergement repose sur un maillage territorial solide, mobilisant une diversité d’acteurs : Les collectivités locales, qui ont une connaissance fine des réalités du territoire et de ses besoins, et qui relaient l’information au plus près des publics concernés. Les acteurs économiques (entreprises, groupements d’employeurs, agences d’intérim, chambres de commerce…), qui jouent un rôle clé en orientant leurs salariés vers le dispositif.

Les partenaires du logement, tels que les bailleurs sociaux et le réseau Cohabilis, qui permettent le partage d’expériences, l’essaimage de bonnes pratiques et le développement de projets similaires sur d’autres territoires.

C’est cette synergie locale et collective qui permet à une telle initiative de se concrétiser et de d’inscrire dans la durée. 

Voyez-vous des perspectives d’évolution ou de pérennisation pour ce type d’initiative à l’avenir ?

Oui, plusieurs pistes d’évolution sont envisageables pour ce dispositif. Initialement lancé sur 13 communes du littoral basque, le dispositif a été étendu à l’ensemble du Pays Basque. Une nouvelle phase de déploiement pourrait être envisagée à l’échelle de tout notre parc locatif, y compris sur le territoire du Béarn, en fonction des besoins qui y seront identifiés. 

Nous réfléchissons également à une évolution du profil des locataires accueillants. Une ouverture du dispositif à nos locataires de 50 ans et plus est actuellement à l’étude. Cette extension permettrait de renforcer les capacités d’accueil tout en répondant à d’autres enjeux sociaux. Une demande d’expérimentation a été déposée en ce sens.

 

 

Interview d'Aurélie BERNOS (Action Logement Services)

Aurélie BERNOS

La cohabitation intergénérationnelle utilise le potentiel des chambres libres pour offrir un logement aux jeunes, un complément de revenu aux seniors, et créer du lien social, le tout dans un cadre légal rassurant. »

Comment est né le projet ?

Le territoire basque est fortement touché par la crise du logement, en particulier pour les jeunes en mobilité : étudiants, stagiaires ou travailleurs saisonniers. L’OFFICE 64 de l’Habitat a décidé de développer une solution solidaire de cohabitation intergénérationnelle. Un recensement mené au sein du parc locatif social a permis d’identifier 1 528 logements sous-occupés, révélant un fort potentiel de chambres disponibles. Le projet s’appuie sur ce gisement pour proposer une réponse créatrice de lien social.

Quelle est la réponse apportée ?

La cohabitation intergénérationnelle est encadrée par la loi ELAN du 23 novembre 2018, qui a défini un cadre juridique spécifique pour cette forme d’habitat solidaire. Il s’agit de mettre en lien un jeune de moins de 30 ans et un senior de plus de 60 ans, locataire du parc social, qui dispose d’une chambre libre dans son logement. Le jeune loue cette chambre meublée et verse une redevance. L’ensemble est formalisé par une charte dédiée entre l’accueillant et l’accueilli, distinct d’un bail locatif classique. Ce contrat permet aux seniors de bénéficier d’un complément de revenu sans impact sur leurs aides sociales ou fiscales, tout en favorisant l’accès au logement pour les jeunes. La démarche est accompagnée par le réseau Cohabilis.

Quels sont les axes de travail engagés ?

  • Le dispositif repose sur plusieurs piliers :
  • La mobilisation de locataires seniors volontaires
  • L’information et la sensibilisation des jeunes publics
  • La constitution et l’accompagnement des binômes
  • La formation des équipes et la mise à disposition d’outils (chartes, fiches pratiques) issus du réseau Cohabilis

Quels sont les facteurs de réussite du projet ?

La réussite du projet repose avant tout sur la qualité de l’accompagnement humain. Chaque binôme est suivi de près, des premières rencontres jusqu’à la fin de la cohabitation. Le cadre légal, posé par la loi ELAN, rassure et protège toutes les parties : les seniors, les jeunes et le bailleur social. Le projet bénéficie également d’un fort ancrage local grâce à l’implication active du bailleur social et du soutien d’acteurs comme la Communauté d’agglomération Pays basque. Ce maillage territorial permet de proposer une réponse concrète, pragmatique et rapidement mobilisable.

Quels sont les points d’attention ?

L’accueil d’un jeune saisonnier ne peut se faire que sur la base du volontariat des locataires seniors. La cohabitation intergénérationnelle ne s’improvise pas : il faut du temps pour créer des binômes compatibles, instaurer la confiance et accompagner chaque étape du processus. Il est aussi essentiel de communiquer clairement sur le cadre juridique : les seniors doivent savoir que la mise à disposition de la chambre est encadrée, déclarée et sans conséquence sur leurs aides. Enfin, pour assurer la montée en puissance du dispositif, il est indispensable de renforcer les outils, former les équipes et accroître la notoriété du projet auprès des locataires du parc.